Chenilles processionnaires du pin et du chêne
Dans les forêts ou les parcs, au sol ou sur les branches des arbres, certaines chenilles se déplaçent en file indienne. Ces chenilles, appelées processionnaires, sont des insectes aux poils urticants, qui peuvent entraîner des réactions inflammatoires parfois graves chez les humains ou les animaux.
Les chenilles processionnaires : qu’est-ce que c’est ?
Les chenilles processionnaires du pin (Thaumetopoea pityocampa) et les chenilles processionnaires du chêne (Thaumetopoea processionea) sont des insectes qui vivent en colonie. La première colonise des résineux de la famille des pins (pin noir, pin laricio, pin sylvestre, pin d’Alep, pin maritime, cèdre de l’Atlas…) et la seconde des feuillus de la famille des chênes (chêne sessile, chêne pédonculé…). On les surnomme « processionnaires » car elles se déplacent en file indienne.
Les chenilles processionnaires du pin sont brun orangé et celles du chêne gris argenté. Elles mesurent jusqu’à quatre centimètres de long à la fin de leur croissance. Elles peuvent cependant être difficiles à différencier en dehors de leur habitat.
Quels sont les symptômes ?
Les chenilles processionnaires sont urticantes par leurs poils qui sont en fait des soies détachables. La pénétration de de ces soies urticantes dans la peau ou dans les muqueuses entraîne la libération d’un venin composé de différentes molécules responsables de réactions toxiques. Celles-ci peuvent provoquer des réactions inflammatoires notamment sur la peau (rougeurs, démangeaisons, douleur cutanée, œdème localisé, urticaire et parfois petites cloques), les yeux : (conjonctivite, larmoiement, douleur oculaire) ou les voies respiratoires (toux, gêne respiratoire).
En cas d’exposition répétée, le venin contenu dans ces soies urticantes peut provoquer des allergies, pouvant mener à une baisse brutale de la tension artérielle, un malaise ou une perte de connaissance.
Il n’est pas nécessaire d’être en contact avec une chenille pour présenter des symptômes : ses soies urticantes qui se détachent suite à un contact mécanique ou lorsque la chenille se sent agressée, sont transportées très facilement sous l’effet du vent.
L’Anses, avec les centres antipoison, a analysé les différents cas d’effets indésirables liés aux poils urticants de chenilles processionnaires enregistrés entre janvier 2012 et juillet 2019. (Les résultats sont disponibles dans le Vigil’Anses de novembre 2019 (PDF)). Un point sur les données d’envenimations par des chenilles processionnaires jusqu’en mars 2025 a également été publié. Le nombre d’envenimations déclarées varie selon les années et les mois.
Comment faire pour se protéger des chenilles processionnaires ?
Afin de limiter les risques d’intoxication liées aux chenilles processionnaires, voici quelques conseils :
- ne pas s’approcher et ne pas toucher les chenilles ou leur nid, en particulier pour les enfants ;
- se tenir à distance des arbres porteurs de nids ;
- porter des vêtements longs en cas de promenade en forêt ou près d’arbres infestés ;
- éviter de se frotter les yeux pendant ou au retour d’une balade ;
- bien laver les fruits et les légumes de son jardin en cas d’infestation à proximité ;
- éviter de faire sécher le linge à côté d’arbres infestés ;
- en cas de suspicion d’exposition aux chenilles, prendre une douche et changer de vêtements ;
- en cas de signes d’urgence vitale (détresse respiratoire…), appeler le 15 ou consulter aux urgences ;
- en cas de signes d’intoxication, consulter un médecin ou appeler un centre antipoison;
- si contact avec la chenille, photographier la chenille pour en faciliter l’identification ;
- si des animaux domestiques sont touchés, consulter un vétérinaire ou appeler un centre antipoison vétérinaire (Centre antipoison animal et environnemental de l’Ouest et Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires).
Consultez la plaquette sur les chenilles processionnaires (PDF).
Les chenilles processionnaires: une problématique sanitaire ?
Les chenilles processionnaires ne constituent pas uniquement une problématique sanitaire ou de gestion ponctuelle ; elles sont avant tout l’indicateur d’un déséquilibre écologique à l’échelle d’un territoire.
Chaque année, les mêmes phénomènes se répètent : présence de nids en période hivernale, risques sanitaires au printemps, puis mise en œuvre d’actions correctives souvent limitées à des interventions curatives. Pourtant, malgré ces opérations récurrentes, la pression parasitaire persiste.
En réalité, la question centrale n’est pas uniquement la présence de la chenille processionnaire, mais les conditions écologiques qui favorisent sa prolifération.
Un territoire appauvri en biodiversité, marqué par une faible diversité végétale, une homogénéisation des aménagements paysagers ou encore une diminution des prédateurs naturels, perd progressivement ses capacités de régulation biologique. Dans ce contexte, les populations de chenilles processionnaires trouvent des conditions particulièrement favorables à leur développement.
La régulation durable repose donc sur une approche intégrée combinant plusieurs leviers complémentaires.
À Pantin, le Pôle Espaces verts développe ainsi différentes actions de lutte biologique et de gestion écologique, notamment par l’installation de nichoirs à mésanges dans les parcs, squares et espaces plantés. Cette action peut sembler modeste, mais son intérêt écologique est réel : durant la période de nourrissage, un couple de mésanges peut capturer plusieurs centaines de chenilles par jour afin d’alimenter sa nichée. Il ne s’agit pas d’une solution unique ou suffisante à elle seule, mais d’un maillon essentiel dans le rétablissement des chaînes de régulation naturelles.
La même logique s’applique à l’utilisation des pièges à phéromones et des éco-pièges installés sur les troncs. Ces dispositifs présentent une efficacité significative lorsqu’ils sont correctement dimensionnés, positionnés et installés au moment opportun dans le cycle biologique de l’espèce. À l’inverse, employés de manière isolée ou sans stratégie globale, leur impact reste limité.
L’enjeu principal réside donc dans la cohérence de l’approche mise en œuvre. La gestion des chenilles processionnaires ne peut reposer sur une action ponctuelle ou unique, même techniquement pertinente. Elle nécessite la combinaison d’actions préventives, curatives et écologiques, déployées de manière coordonnée, répétée et pensée à l’échelle du territoire.
En effet, les chenilles processionnaires ne s’arrêtent ni aux limites administratives d’un parc, ni à celles d’une rue ou d’une commune. Leur dynamique de colonisation impose une réflexion globale sur les continuités écologiques, les modes de gestion et la conception même des espaces végétalisés.
La véritable évolution réside donc dans une gestion des espaces publics davantage fondée sur les équilibres biologiques, la diversification des milieux et l’acceptation d’une part de vivant dans les aménagements urbains.
La question n’est donc pas uniquement :
« Comment éliminer les chenilles processionnaires ? »
Mais plutôt :
« Quelles sont les conditions écologiques et paysagères de notre territoire qui favorisent leur prolifération ?
